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Voici la préface écrite par Shaina (Rayon soleil )
Au
commencement fut créée la Terre. Puis elle fut recouverte de terre et d'eau. Les montagnes,
l'herbe et les arbres furent créés. Les animaux, les oiseaux, les poissons et les insectes furent crées pour peupler ce vaste
monde vide. Finalement l'homme et la femme furent créés pour vivre en harmonie avec tout ce qui avait été créé avant eux.
Beaucoup
de contes des Indiens d'Amérique concernent la création ou l'origine des choses : comment certains animaux sont apparus, comment
les montagnes ont été formées, comment l'humanité a été créée (et dans quel but). Généralement, ces histoires étaient sacrées
et habituellement c'était un conteur qui les disait dans des conditions particulières.
Par exemple, beaucoup de récits ne pouvaient se faire que les soirs d'hiver, d'autres étaient associés à certaines cérémonies
ou rituels et on ne pouvait donc les conter qu'à ces occasions-là. Bien sûr ces
restrictions variaient d'une tribu à l'autre, mais tous considéraient que certaines histoires étaient trop sacrées pour être
dites autrement que selon la tradition.
Quand
on ouvrait un sac-médecine et qu'un homme saint en sortait les objets (des peaux d'oiseaux, une peau de serpent à sonnette,
des os de queue de bison), alors il racontait comment chacun d'eux était apparu et l'importance qu'ils avaient pour les gens.
Il ne racontait ces histoires que lorsqu'on les associait à une cérémonie de sac-médecine.
Cependant
d'autres histoires pouvaient être dites à n'importe quel moment, de jour comme de nuit, dans un village permanent ou dans
un camp pour la chasse. Il n'était pas rare de voir un vieil homme ou une vieille femme à l'ombre d'un cotonnier, entouré
par des enfants, en train de leur expliquer pourquoi le coyote a un long nez et pourquoi les coussinets de ses pattes sont
noirs. Alors que ces contes étaient très divertissants pour les jeunes, on les leur racontait dans un but bien précis. Il
arrivait que dans une histoire, le coyote soit cruel, vaniteux dans une autre ou que dans une troisième il n'écoutât pas les
remontrances d'une divinité. A chaque fois qu'il se comportait ainsi, le coyote était puni. Quand il faisait une bonne action,
comme sauver un oiseau tombé dans un lac, il était récompensé. On racontait donc ces histoires aux enfants pour leurs instiller
les valeurs morales. Ne sois pas cruel, ne sois pas vaniteux sinon de mauvaises choses tarriveront. Aide ton prochain, que
ce soit un animal ou un humain et tu seras récompensé.
Les
histoires demeurent importantes pour les Indiens. Ce sont exactement les mêmes qui sont racontées aujourd'hui, peut-être sous
un cotonnier au bord d'un ruisseau, ou dans une cabane aux murs recouverts de goudron sur une réserve ou encore dans une salle
de réunion tribale. Le lieu n'est pas important. Ce qui importe c'est que les histoires continuent à être racontées. La continuité
de la culture tribale est cruciale si la culture doit survivre. Les contes sont l'un des moyens d'assurer cette continuité.
Un
jour, mon arrière-grand-mère a raconté comment Napi (le Vieil Homme) a créé les Blackfeet en prenant de la boue sur une berge,
puis il leur a insufflé la vie. Quand ils se sont levés et regardés et qu'ils ont marché tout autour d'eux ils se sont inquiétés
de savoir s'ils étaient mortels. Une femme a dit : "Qu'en est-il ? Vivrons-nous éternellement ? N'y aura-t-il jamais de fin ?" Après y avoir réfléchi un moment, Napi a ramassé
une bouse de bison et a dit : "Je vais la lancer dans la rivière, si elle flotte, quand les gens mourront, ils ressusciteront
au bout de quatre jours, ils ne mourront donc que quatre jours. Mais si elle coule, ils auront une fin." Napi jeta la bouse
de bison dans la rivière et elle flotta. Mais la femme ramassa une pierre et dit : "Non, je vais jeter cette pierre dans la
rivière, si elle flotte nous vivrons éternellement, si elle coule les gens devront mourir, ainsi auront-ils pitié les uns
des autres". La femme jeta la pierre dans la rivière, elle disparut. "Voilà, dit Napi, vous avez choisi. Les hommes auront
une fin".
Ainsi
les gens vont et viennent, ils vivent et ils meurent. Ce qui continue ce sont les histoires qu'ils racontent, des histoires
comme Iktomi et la Buse, le Premier Homme et la Femme Bison. Ces contes et tous les autres de cette belle collection sont
très significatifs pour les Indiens. Peut-être que le lecteur les fera passer, par une nuit noire au coeur de l'hiver, peut-être.
Les contes réchauffent les maisons et vivent éternellement.

Il
y a bien longtemps le monde était à ses débuts et le vieux chef spirituel des Lakotas était sur une haute montagne où il eut
une vision.
Dans
cette vision, Iktomi lui apparut sous la forme d'une araignée. Il parlait dans une langue sacrée que seuls les chefs spirituels
pouvaient comprendre. En parlant, Iktomi prit la baguette de l'ancêtre, puis du crin de cheval, des perles et des offrandes
et commença à tisser une toile d'araignée.
Il
parla à l'ancêtre des Lakotas des cycles de la vie et comment nous commençons nos vies comme enfants eu bas-âge, puis comme
enfants qui vont devenir adultes et finalement nous devenons vieux et on doit s'occuper de nous comme des enfants et le cycle
est fermé.
Mais,
dit Iktomi en continuant à filer sa toile, dans chaque époque de la vie il y a des forces, certaines bonnes et d'autres mauvaises.
Si vous écoutez les forces du bien elles vous dirigeront dans la bonne direction, mais si vous écoutez celles du mal, elles
vous blesseront et vous dirigeront dans la mauvaise direction.
Il
continua "Il existe beaucoup de forces et de directions différentes qui peuvent aider ou contrarier l'harmonie de la nature
ainsi que les enseignements du grand esprit." Tout en parlant, l'araignée continuait à tisser sa toile en partant de l'extérieur
vers l'intérieur. Lorsqu'il eut fini, Iktomi, donna à l'ancêtre des Lakotas la toile d'araignée et lui dit : "Regarde cette
toile, c'est un cercle parfait mais il y a un trou au centre. Si tu utilises cette toile pour aider ton peuple et faire bon
usage des rêves et des visions, alors la toile attrapera vos bonnes idées et les mauvaises s'échapperont par le trou."
L'ancêtre
donna sa vision à son peuple et maintenant les Sioux utilisent le capteur de rêves comme toile de leur vie. Il est suspendu
chez eux au dessus de leur lit pour soutenir leurs rêves et leurs visions et leur permettre d'accomplir leur destinée.

Il
advint que deux jeunes hommes avaient été envoyés par le conseil des Sans Arcs en éclaireurs pour trouver le bison. Ils eurent
l'apparition d'une femme d'une beauté exceptionnelle habillée d'atours magnifiques. Elle portait sur son dos un fagot. Elle
était si pale et en même tant si rayonnante, son visage était d'une telle perfection, que les deux hommes en furent éblouis.
Comme
ils la regardaient, elle leur parla en ces termes : "J'appartiens au peuple du bison. J'ai été envoyée sur cette terre pour
m'entretenir avec votre peuple. Vous devez maintenant remplir un devoir important qui est d'adresser un message essentiel
aux vôtres.
Rendez-vous
auprès de votre chef et dites-lui d'ériger le tipi du conseil au centre du campement. Placez la porte de celui-ci, de même que l'entrée du village, face à l'est. Dispersez des feuilles de sauge à la place d'honneur.
Derrière le foyer, ramollissez la terre et donnez-lui la forme d'un carré à l'arrière duquel vous poserez un crâne de bison.
A l'arrière de celui-ci, édifiez un petit râtelier. J'ai des choses de la plus grande importance à dire a votre peuple et
me rendrai dans votre village à la pointe du jour."
Pendant
qu'elle parlait, l'un des deux hommes tomba sous le charme et la désira à tel point que, lorsqu'elle eut fini, au grand dam
de son compagnon il tenta de la séduire. Dans l'instant on entendit un coup de
tonnerre et ils furent enveloppés d'un nuage. Au fur et à mesure que celui-ci se dissipait l'éclaireur qui restait vit la
superbe jeune femme qui se tenait debout, impassible, alors qu'à ses pieds gisait un squelette. Elle l'enjoignit alors de
retourner à son village et de porter son message à son peuple.
Dès
que l'éclaireur arriva au camp, il raconta à son chef "Buffalo Who Walks standing upright", c'est à dire le "Bison qui marche
debout sur les jambes arrières", ce qu'il avait vu et lui transmit le message comme elle le lui avait ordonné. Le peuple, très ému par la perte de l'éclaireur, était très excité à l'idée de cette mystérieuse
visite. On fit savoir qu'il fallait préparer cette visite selon des modalités
particulières et tout fut fait comme Wohpe l'avait demandé. On désigna des jeunes hommes vertueux pour l'escorter jusqu'au
tipi. Dès la tombée du jour, un grand nombre de personnes s'étaient déjà rassemblées autour du tipi du conseil pour attendre
son arrivée.
Au
moment où le soleil se levait à l'est, la jeune femme apparut. Ces atours étaient les mêmes que lors de son apparition aux
éclaireurs mais, au lieu d'un fagot, elle tenait dans sa main droite un tuyau de pipe et dans la gauche le fourneau qui était
de couleur rouge. Elle s'avança lentement et se dirigea vers le tipi du conseil. Elle y entra avec une certaine majesté, et
faisant le tour par la gauche, elle s'assit à la place d'honneur. C'est alors que le chef lui souhaita la bienvenue.
Il
dit à son peuple combien celui-ci avait de la chance que Wakan Tanka lui ait envoyé
cette femme si belle qu'ils accueillaient en soeur. Il s'adressa alors à elle et lui dit que ses frères et soeurs étaient prêts à entendre son message.
Wohpe
se leva, et tout en tenant la pipe, s'adressa à l'assemblée. Elle lui dit combien Wakan Tanka était satisfait des Sioux et
combien elle était fière en tant que représentante du peuple des bisons d'être leur
soeur. Elle dit encore que c'est parce qu'ils avaient été loyaux et respectueux, qu'ils avaient fait triompher le bien du
mal et respecté l'harmonie contre la discorde que les Sioux avaient été choisis pour recevoir la pipe au nom de toute l'humanité.
Celle-ci serait le symbole de la paix et devrait être utilisée comme tel entre les hommes et les nations. Fumer la pipe signifiait créer un lien de confiance et permettrait au chaman d'entrer en communion avec
Wakan Tanka. Elle se tourna ensuite vers les femmes auxquelles elle s'adressa
comme à des soeurs. Elle leur dit qu'elles étaient destinées à porter le poids de grandes difficultés et de nombreuses peines
mais que leur grande bonté les
destinait à réconforter les autres en période de grande douleur. C'étaient à elles de maintenir la permanence de la
famille en donnant naissance aux enfants, en les élevant, en les habillant et en les nourrissant tout en restant fidèles à
leurs époux. C'est ainsi que Wakan Tanka avait organisé leur vie et les soutenait
dans la douleur.
Elle
s'adressa ensuite aux enfants comme à ses petits frères et petites soeurs. Elle les invita à respecter leurs parents car ceux-ci
avaient fait bien des sacrifices pour qu'il ne leur arrive que du bien.
Aux
hommes, elle parla comme si elle était leur soeur. Elle leur dit que toutes choses
dont ils dépendaient venaient de la terre, du ciel et des quatre vents. La pipe qu'elle tenait devait servir à offrir sacrifices
et prières à Wakan Tanka pour le remercier des bienfaits de cette vie. Il ne fallait pas négliger de le faire chaque jour.
Elle dit encore qu'ils devaient être bons et aimants pour leurs femmes et leurs enfants car ceux-ci étaient des êtres fragiles.
Pour
finir, elle s'adressa au chef auquel elle expliqua comment se servir de la pipe et
comment en prendre soin. Du fait de sa position, il était de son devoir de la
protéger et de la respecter, la
nation vivait en effet au travers de ce calumet. C'était un instrument sacré permettant de protéger le peuple pendant les
temps de guerre, de famine, d'épidémie ou d'autres calamités. Elle enseigna à Buffalo
Who Walks standing upright ce qu'il fallait savoir pour n'utiliser la pipe qu'à juste
titre avant de lui faire la promesse qu'au moment opportun les Sioux auraient la révélation de Sept cérémonies sacrées auxquelles
il faudrait se plier : "La purification", "La quête de la vision", "La danse face au soleil", "Le lancer de la balle", "Devenir
une femme bison", "Devenir parent" et "La possession du fantôme".
Elle
resta quatre jours. Avant de les quitter, elle dit au chef combien Wakan Tanka était satisfait de son accueil et combien elle
était heureuse d'être sa soeur.
C'est
alors qu'elle prit de la bouse de bison pour allumer le calumet et qu'elle l'offrit
au ciel, à la terre puis aux quatre vents avant d'en tirer une bouffée et de la tendre au chef de la nation. Quand celui-ci
eut également tiré une bouffée elle annonça que sa mission venait de prendre fin. Sur ces entre faits elle déposa la pipe
contre le râtelier et quitta le
tipi sans escorte.
En
sortant du tipi elle fit le tour de celui-ci par la gauche en marchant lentement. Elle quitta le village et tandis que chacun
regardait sa silhouette diminuer lentement, elle se transforma aux yeux de tous
en un veau blanc. C'est ainsi que Wohpe, la fille du soleil et de la lune, s'en est retournée sur la terre pour enseigner
l'Humanité. On la connaissait sous le nom de "la Belle". Quant aux chamans, ils
l'appelaient Wohpe. |