Sioux ou Dakotas, Lakotas et Nakotas
Les Indiens tiraient parti de TOUT le bison.
- La peau servait pour les tentes, coffres, vêtements, chaussures, pirogues, lanières, étuis, fourreaux,
couvertures.
- Les os donnaient des pelles, patins de luges, aiguilles, pointes de flèches, harpons, outils,
ornements.
- Les tendons et les intestins fournissaient cordes d'arc, fil, liens, lacets.
- L'estomac servait de marmite (voir ci-dessous Souvenirs d'enfance/ustensiles de
cuisine).
- Les cornes servaient comme récipients, cuillères ou attributs guerriers.
- La graisse et la bouse séchée servaient de combustible.
- Les sabots donnaient une gélatine employée comme colle ou vernis, ou faisaient des grelots/clochettes ;
voir lien ci-dessous pour comprendre !
- La cervelle fournissait un produit pour tanner le cuir.
(Histoire/Payot) Mato Najin (Ours Debout)
raconte :
Je suis né pendant un hiver rigoureux, le mois où craque
l'écorce des arbres, l'année où nous avons levé le camp. J'étais le premier fils d'Ours Debout, premier du nom.
À cette époque, nous n'avions pas de calendriers, et aucun moyen de compter les jours ; nous notions seulement les mois
et les années. Et comme il se passait chaque année quelque chose de mémorable, de cette façon, nous en gardions le souvenir.
C'est à l'école que j'ai appris à compter en arrière, j'ai alors su que l'année où le camp fut levé était l'an 1868 de l'ère
chrétienne ; et décembre le mois où l'écorce des arbres craque. Donc, je suis né en décembre 1868.
Les noms des mois chez les Lakotas
| janvier |
lune de la chaumière gelée |
| février |
lune des veaux rouge sombre |
| mars |
lune de la neige aveuglante |
| avril |
lune de l'herbe tendre ou de l'herbe nouvelle |
| mai |
lune de la mue des poneys |
| juin |
lune de l'engrossement |
| juillet |
lune des cerises rougeoyantes |
| août |
lune des cerises noires |
| septembre |
lune des veaux au poil noir |
| octobre |
lune des feuilles peintes |
| novembre |
lune des feuilles mortes |
| décembre |
lune des arbres qui pètent ou craquent (sous le gel) |
Le père de mon père était un chef et passait pour un homme
très brave dans les combats avec les autres tribus ; il avait capturé de nombreux chevaux à la robe tachetée. Ainsi,
lorsque mon père naquit, on lui donna le nom de Cheval Tacheté. Il garda ce nom jusqu'à ce qu'il soit assez âgé pour gagner son propre
nom. Il me raconta un jour comment il avait reçu celui d'Ours Debout :
Un éclaireur de chasse ayant rapporté la nouvelle que les Pawnies étaient sur nos terres et tuaient notre gibier, tous les braves se préparèrent au combat. Nous savions quel redoutable ennemi
nous allions rencontrer : le Pawnie manie habilement arc et flèche. Même renversé sur le dos, il faut s'attendre à ce qu'il
ait une flèche toute prête à vous décocher.
Nous parcourûmes une grande distance. Arrivés au sommet d'une colline nous pûmes apercevoir les Pawnies
dans la vallée. Ils venaient de faire grande hécatombe de bisons. Ils étaient très occupés à dépecer les bêtes qu'ils avaient
tuées. Quand les Pawnies nous virent venir, ils se dispersèrent. Comme je me rapprochais des nôtres, je remarquai un groupe
vers lequel je poussai mon cheval pour voir ce qui s'y passait.
Arrivé, je vis les Sioux entourant un Pawnie. Son cheval s'était échappé au cours de l'action et il était
à pied. Malgré cela il avait son arc et des flèches à la main et il défiait n'importe lequel des Sioux d'approcher. Il était
de haute taille et de grande bravoure. Si une flèche et le blessait, il l'arrachait et la jetait au loin. Si la flèche le
manquait, il la ramassait et défiait les Sioux d'approcher.
Je leur demandai si l'un d'eux avait déjà frappé cet adversaire. Ils dirent que non. Cet homme paraissait
avoir une telle force et une telle puissance qu'ils avaient peur de lui. Je dis alors que j'allais l'attaquer. J'assurai mon
bouclier devant moi et m'armai seulement de ma lance. Le Pawnie, une flèche fixée à son arc, se tenait tout prêt à me recevoir,
mais, poussant mon cheval vers lui, je lui portai un coup avec ma lance. L'homme me décocha une flèche qui, déviant sur mon
bouclier, vint s'enfoncer dans les muscles de mon bras gauche.
Derrière moi venaient Corbeau
Noir, Corbeau
Chien et Cheval
À Une Seule Oreille. Tous les quatre avions frappé cet adversaire, mais
j'avais été le premier. Le Pawnie avait blessé chacun de nous ; il s'était montré si courageux que nous nous retirâmes
du lieu du combat, lui laissant la vie sauve. Je m'évanouis.
Tous les guerriers chantèrent mes louanges en rentrant au village. On donna une grande danse de victoire
et de grands honneurs me furent rendus. Au Conseil suivant on me proposa comme chef parce que j'étais assez courageux pour
faire face à l'ennemi même s'il était prêt à tirer sur moi. Et je fus élu chef avec le nom d'Ours Debout.
Au combat, mon père était toujours au premier rang. Aussi à ma naissance me donna-t-on le nom de Beaucoup Tué parce qu'il
avait tué beaucoup d'ennemis.
Pendant l'hiver, sur les rivières gelées, les enfants jouaient
au serpent des neiges. C'était un morceau d'os plat, légèrement incurvé, décoré des symboles des quatre vents :
crapaud cornu, araignée, la Voie lactée, la Lune. Deux plumes étaient fichées à une extrémité. On saisissait l'os, la face
convexe vers le sol, l'index posé sur le bout arrière, entre les deux plumes. Et il fallait propulser le plus loin possible
ce serpent des neiges. On pouvait aménager un tremplin pour le faire décoller, ce qui augmentait encore sa trajectoire.
Le jour où j'ai tué mon premier oiseau, mon père était tout heureux. Aussi ordonna-t-il au crieur du camp
d'annoncer que sa petite fille Kwaswa avait abattu son premier oiseau et que pour cela Ours Debout
son père donnait un cheval. Il fut donné à un vieillard très pauvre. Nous croyions que lorsque j'ai tué mon premier oiseau
c'était en réponse à la prière de mon père à Wakan Tanka (Le Grand Esprit)
pour que je sois une grande guerrierre (wapiti) ; ainsi en sacrifice, ce présent fut fait à un vieil homme trop pauvre
pour pouvoir nous le rendre.
À cette époque, nous mangions du porc-épic. On employait toutes les parties du corps de cet animal.
Les poils servaient à fabriquer les coiffures de danse ; de la queue on faisait un peigne ; les piquants,
teints par les femmes, servaient à toutes sortes de travaux de décoration. Ce travail en piquants de porc-épic était véritablement
un art. L'arrachage des piquants demandait un certain temps et il fallait faire attention à ne pas se les enfoncer dans les
doigts. Lorsqu'une femme décorait un sac, elle mettait quelques uns de ces piquants teints dans sa bouche pour les humecter.
Elle les aplatissait ensuite avec l'ongle et les enfilait dans de petits trous faits avec une alêne. (En broderie, les piquants seront remplacés par les perles)
Nous ne possédions pas beaucoup d'ustensiles de cuisine. Quand on tuait un bison,
on faisait très attention en enlevant l'estomac à ne pas le percer. La tunique interne (tripe), bien lavée et placée sur quatre
bâtons, faisait une sorte de récipient qui pendait entre ceux-ci. La viande, que l'on avait soin de laver, était placée dans
ce sac-estomac, on y ajoutait de l'eau et du sel. Puis on faisait chauffer des pierres sur un feu voisin et on les mettait
dans le sac. La chaleur dégagée par les pierres faisait bientôt bouillir l'eau, la viande était cuite et la soupe bientôt
prête. En guise d'assiettes, des carapaces de tortues ou des billots de bois creusés. Les cuillères étaient faites de cornes
de bison ou de chèvres de montagne. Ces cornes, après avoir été ramollies par ébullition, étaient coupées en deux. Pendant
qu'elles étaient encore chaudes, on leur donnait une forme de cuillère.
Une fois que toute la soupe et toute la viande avaient disparu du sac, on le découpait et on le mangeait.
Notre menu comprenait en tout de la viande et de la soupe.
Si la tripe devait être mangée sans servir comme sac à soupe, on enlevait avec soin la peau externe. Cette
peau était très solide. Une fois nettoyée et tannée, on la suspendait pour y mettre de l'eau. Quelques fois nos mères y mettaient
des feuilles de menthe sauvage, ce qui donnait un bon goût à l'eau.
Une recette : wasna
ou hachis amérindien
Histoire de un de nos grands chefs (Ours
Debout) raconte :
Nos femmes indiennes confectionnaient aussi une friandise appelée wasna ou hachis indien (pemmican). Elles le préparaient en hachant
les os et en les mettant à bouillir jusqu'à ce qu'ils deviennent mous et que la graisse monte à la surface de l'eau. On écumait
cette graisse et la mettait de côté. On grillait de la viande séchée et on la pilait finement avec un marteau de pierre.
Quelques fois on ajoutait des cerises sauvages. On faisait alors fondre la graisse et on la mélangeait aux cerises sauvages
et à la viande pilée. Lorsqu'il avait été bien préparé, ce hachis se conservait quelque temps. Les femmes gardaient généralement
une peau de tripe dans laquelle elles l'enveloppaient ; il durcissait alors un peu comme le fromage de tête chez les
Wasicus (ou Wasichus : Blancs). Quand un guerrier
partait pour une longue expédition, il en emportait un peu car de cette façon il n'était pas nécessaire d'allumer de feu,
ce qui risquait de révéler la présence des Indiens à leurs ennemis.
(Terre Humaine/Plon) Tahca Ushte (Cerf Boiteux, arrière-petit-fils homonyme du chef lakota miniconjou du XIXe siècle) raconte :
Dans notre langue, on appelle un clown heyoka. Il est l'homme qui fait tout à l'envers, met le haut en bas, les choses sens
dessus dessous, dit oui pour non. N'importe qui peut être changé en heyoka, que cela lui plaise ou non. Il suffit de
rêver aux oiseaux du tonnerre, à la foudre, et en se réveillant le matin, on est devenu un heyoka. Être contraire apporte l'honneur mais
aussi la honte. On devient possesseur d'un pouvoir, mais il faut en payer le prix.
Un heyoka se comporte bizarrement. Il dit oui quand il veut dire non. Il monte son cheval à l'envers.
Il porte ses mocassins ou ses bottes en se trompant de pied. S'il arrive, c'est pour partir. S'il fait chaud, il frissonne,
s'enfouit sous les couvertures, fait un grand feu et déclare qu'il meurt de froid. L'hiver, quand vraiment il gèle et que
la tempête fait rage, le heyoka transpire ; il enfile un maillot de bain et déclare qu'il va nager pour se rafraîchir.
Deux heyokas étaient assis sur un rocher au bord d'un lac. Il se mit à pleuvoir. « Dépêchons-nous
de nous mettre à l'abri ». Et ils sautèrent ensemble dans le lac.
Un contraire s'appelait L'Aplatisseur. On le voyait toujours muni d'un marteau, essayant d'aplatir
des objets ronds ou incurvés, comme des assiettes à soupe, les balles, les anneaux, les roues de charrettes, les oeufs. Ma
grand-mère avait une lampe à pétrole avec un grand verre cylindrique ; il l'a aplati. Il n'est pas facile d'être un
heyoka. Mais il est encore moins facile d'en avoir un dans sa famille !
Les heyokas préservent les hommes de la foudre et des orages et leurs facéties, qui font rire,
sont sacrées.
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