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« Profonds regrets » : deux mots pour les Sioux
WOUNDED KNEE - Sur une butte désolée, au fond d'une petite vallée de la réserve indienne de Pine Ridge (Dakota du Sud), une modeste stèle de marbre gris érigée sur une fosse commune est tout ce qui reste de l'un des épisodes les plus sombres de l'histoire américaine et de la mémoire indienne : le massacre de Wounded Knee.

Pour l'histoire officielle américaine, Wounded Knee est resté un fait de guerre, une « bataille » qui a mis fin à plus de 300 ans de guerres indiennes.
Pour les Sioux, c'est un « massacre », le symbole d'une mémoire meurtrie qu'illustrent les paroles du poète Stephen Benet, « Enterre mon coeur à Wounded Knee », devenues le slogan du mouvement pour la défense des droits des Amérindiens.
En réalité, tranche l'historien Jack Utter, « ce fut presque entièrement un massacre et seulement partiellement une bataille car peu d'Indiens étaient armés ou en état de se battre ».

Les Sioux voulaient résister

Au début des années 1870, après l'appropriation par les Etats-Unis des Black Hills (collines noires), terres sacrées des Indiens sioux dont la souveraineté leur avait été garantie par le Traité de Fort-Laramie, en 1868, les chefs sioux résistèrent à la déportation forcée de leur peuple dans des réserves et prirent les armes.
Des années de guerre s'ensuivirent, mais devant le froid, la famine et la misère des tribus indiennes, plusieurs chefs sioux décidèrent de se rendre, dont Sitting Bull (Bison assis) et Crazy Horse (Cheval fou), qui furent assassinés par les soldats américains.

Le ralliement de Big Foot

Fin décembre 1890, le chef Big Foot (Grand pied) tenta de rallier les tribus indiennes du Dakota du Sud. Allant à la rencontre des troupes du chef Red Cloud (Nuage rouge), il fut rejoint par 40 guerriers de Sitting Bull, tout juste assassiné.
Le 28 décembre 1890, Big Foot et son cortège d'environ 350 personnes, dont environ 200 femmes et enfants, furent rattrapés par les troupes du 7e Régiment de cavalerie, commandé par le major Samuel Whitside. Les soldats escortèrent les Indiens jusqu'à la vallée de Wounded Knee Creek.
Le 29, ordre fut donné de désarmer les Indiens. Big Foot, épuisé par une pneumonie et la faim, accepta mais précisa que ses hommes n'étaient pas armés.
Au vu du peu d'armes déposées, les soldats du colonel Forsyth fouillèrent les tipis.

Canons meurtriers

Dans la confusion générale, un coup de feu partit. Les soldats firent feu de toutes parts. Deux canons Hotchkiss, sur les collines alentour, se mirent à cracher. En quelques minutes, 200 Indiens étaient morts.
Les autres, hommes, femmes et enfants désarmés qui tentèrent de fuir le carnage furent abattus et leurs cadavres retrouvés, le lendemain, jusqu'à trois kilomètres du camp, dans la neige rouge sang, figés dans de grotesques poses par le blizzard de la nuit.
Ils furent tous enterrés dans une fosse commune.
Le 7e Régiment de cavalerie perdit 25 hommes au cours de cette « bataille », comme la qualifièrent les autorités et les journaux d'alors. Vingt-trois soldats furent décorés de la Médaille d'honneur.
« Cela reste un puissant et triste symbole dans notre histoire », explique Jennifer Rowlands, une Sioux oglala de 20 ans, descendante du chef sioux « Foudre de feu ». « La moitié des gens qui furent massacrés ici, ajoute-t-elle, étaient des femmes et des enfants affamés et transis de froid ».

Cent ans après

Cent ans après cet événement tragique, les Indiens sioux demandèrent au Congrès d'adopter une loi contenant trois mesures : l'octroi de réparations pour le massacre de Wounded Knee ; l'érection d'un monument national à la mémoire des victimes ; et, enfin, des « excuses » officielles de l'Etat américain.
En octobre 1990, le Congrès adopta une résolution exprimant les « profonds regrets » des Etats-Unis pour le bain de sang du 29 décembre 1890. Le mot « excuses », contenu dans le projet de résolution, fut rayé.
Les autres revendications sont restées à ce jour lettre morte.